Extrait - Histoires insolites

EXTRAIT DE UN BONHEUR TRANSPARENT:

 

… Il n’y avait qu’un problème. Ce n’était pas quelque chose de nouveau. J’en avais alors glissé un mot à mon épouse qui m’avait écouté et rassuré gentiment. Sans le lui dire cependant, j’avais alors commencé à faire des recherches sur Internet et après plusieurs essais, parce que ce n’est pas facile l’Internet, je trouvai quelques sites spécialisés qui, à mon avis, décrivaient bien ce dont je souffrais. Ou croyait souffrir. Des chercheurs américains avaient identifié un dérèglement qu’ils appelaient « The Short-Telomere Induced Degenerative Cellular Transpa-rency ». Pas facile à traduire, mais ce pourrait être « La transparence cellulaire dégénérative induite par le télomère court ». Bien sûr, au début, je ne comprenais pas grand-chose au charabia technique de ce que je lisais, mais petit à petit, la lumière se fit. Ce sont les symptômes produits par ce dérèglement qui m’ont mis la puce à l’oreille.

   Pour être plus précis, j’ai commencé à ressentir les symptômes en question il y a un certain nombre d’années. D’ailleurs, je croyais à l’époque que la population plus jeune était plus sensible aux effets de ce dérèglement, c’est-à-dire qu’elle les percevait plus facilement. Je me souviens très bien de quelques scènes qui au début m’ont irrité. Par exemple, en déambulant dans la rue, les plus jeunes semblaient avoir de la difficulté à me voir. Leur téléphone intelligent à l’oreille, ils m’accrochaient en passant près de moi, ou m’évitaient de justesse, étonnés de ma présence, comme s’ils venaient tout juste de s’en apercevoir. Une fois en particulier, dans le métro je crois, une jeune femme qui se tenait devant moi et « textait » sur son cellulaire lança soudain un « Tiens bonjour, comment vas-tu ? » en levant la tête et me regardant droit dans les yeux. Je ne la connaissais pas et m’apprêtais à lui répondre quand j’entendis « Mon Dieu, Anouk, c’est toi ? » provenant d’une voix masculine juste derrière moi. Ils engagèrent alors une conversation animée, à travers moi. J’étais surpris, et sur le moment j’ai ri de ma méprise.

   Le phénomène se reproduisit par la suite. Oh, pas fréquemment au début, mais de temps à autre, les jeunes gens en particulier semblaient avoir de la difficulté à se rendre compte de ma présence. C’était troublant, quelquefois choquant.

 

EXTRAIT DE LA FANFARE DE SAINTE-ADÈLE:

 

 

 

 

 

                                        

 

 

 

 

 

 

                                

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Alain Lafrance

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… Rosaire s’installa, se lécha les lèvres, et se mit à jouer. Dès les premières notes, je vis les deux chats passer en courant et se réfugier à l’étage, la mezzanine. Il y avait de quoi : du cor sortait une espèce de mugissement d’animal blessé, lequel fut suivi de ce qui semblait être un appel à la mobilisation générale, qui s’éternisait, pour donner suite à une longue plainte d’un chevreuil ou autre animal pris dans un piège quelconque suivi d’une sonnerie de réveil propre à faire se relever les soldats morts à Waterloo. Pendant que Rosaire reprenait son souffle, les deux chats en profitèrent pour lancer un miaulement de terreur totale, lequel fut rapidement étouffé par une reprise de cor si bruyante que les verres en tremblèrent. Jouant d’abord assis, Rosaire était tellement pris par sa musique qu’il se leva soudain, comme s’il voulait donner plus d’emphase à celle-ci. La tête rejetée vers l’arrière, il lançait sonneries, appel aux armes, pleurs d’animaux et autres mugissements quelconques dans un déferlement sans fin, jusqu’à ce que, rouge d’effort, il s’assit soudain, essoufflé.